vendredi 23 mars 2012

Cloclo.


C'était dans un moment de faiblesse, au milieu de l'après-midi. J'étais en train d'errer dans ma Forteresse de Solitude, avec ma toux et mon désespoir. Et elle était là. Cette bande-annonce aguicheuse, avec ses strasses, ses paillettes, et la promesse d'y voir une vie peu banale et un Jérémie Renier époustouflant. C'était pas la première fois qu'elle me faisait de l’œil. Avant, c'était au cinéma devant tout le monde, avant Les Infidèles.
Des proches ont essayé de m'en dissuader, ils m'ont dit qu'on allait se foutre de ma gueule, me cracher dessus, qu'il y avait Chronicle, que c'était plus un film pour moi. Mais c'était peine perdu. Je m'ennuyais, le Printemps du Ciné approchait, et un film de deux heures et demi quand on peine à occuper ses journées, c'est pas négligeable... Alors je suis allé voir Cloclo. Le chômage excuse tout.

Puis c'est en arrivant dans la salle que j'ai vraiment compris que c'était pas un film qui m'était destiné. Un hospice. Je devais être la seule personne en dessous de cinquante ans, voire soixante. La dernière fois que j'ai vécu un tel moment de solitude, c'était il y a trois ans, pour Hannah Montana. Avec ses spectatrices de douze ans de moyenne. Et encore cette fois là, y avait Laura. Et un vieux vicelard. Là, c'était exactement l'inverse.
Au moment de chercher la place idoine (fulgurance de vocabulaire, ça sort tout seul), silence gênant, regard pesant. Je sens même certains me prendre de haut, genre Projet X c'est dans la salle d'à côté. Connard. Je suis quand même tenté de leur expliquer que c'est pas de ma faute, que c'est la société, ma situation précaire tout ça. Mais finalement je préfère m’asseoir discrètement et attendre le film en me demandant cent mille fois ce que je fous là.

Deux heures et demi plus tard, je rentre chez moi. Et en remontant une rue Sully déserte, je me surprend à chantonner que comme d'habitude, on fera semblant.

Durant ces deux heures et demi, j'ai vu le destin hors du commun d'un mec à la voix nasillarde. Physiquement, un croisement entre le premier de la classe et l'idiot du village. Le gars que t'as envie de claquer en gros. Un mec qui admirait The Voice, jalousait l'Idole des jeunes, se faisait piquer sa première femme par Monsieur 100 000 volts et qui courait après la reconnaissance de son père qu'il n'aura finalement jamais. Durant deux heures et demi, j'ai suivi la courte vie d'un perfectionniste obsessionnel, visionnaire, narcissique, despotique et maladivement jaloux. Un trou du cul qui à force d'acharnement, est aujourd'hui considéré comme l'une des plus grandes vedettes de la chanson française. Un mec qui se détestait et qui faisait tout pour être aimé, par ses fans d'abord, puis par les femmes qui l'entouraient. Un personnage tellement tragique et cinégénique qu'on finie par se demander pourquoi son biopic ne sort que maintenant.
Un bon film donc, qui, malgré les défauts inhérents au genre, parvient à nous captiver durant toute sa longueur grâce à son rythme et à sa mise en scène. Aidé par un Renier évidemment bluffant, mais aussi un casting féminin aussi talentueux que fantasmant (Joséphine Japy et Ana Girardot).

Et puis vient la scène de la salle de bain (spoil, blague), filmée comme un slasher movie, avec un art du suspense assez génial. Dans la salle, tout le monde retient son souffle, en matant le gars prendre sa douche. Au bout de deux bonnes minutes, le mec finie par poser le pommeau puis se rendant compte que la lumière derrière lui clignote, se retourne. Et là, alors qu'il pose son pied dans une grosse flaque d'eau et qu'on arrive au climax de la scène, j'entends la ptite voix pleine d'émotion d'une vieille derrière moi "Oh non... Pas ça..." Oh si. Dans un slasher, le connard meurt toujours.