mardi 3 août 2010

Inception.


Mes journées étant aussi intéressantes qu'un Flanby pourrissant en gériatrie et se résumant à d'interminables parties d'Heroclix, parlons de ce nouvel orgasme cinématographique qui s'empare du monde depuis quelques semaines, ma nouvelle obsession geekienne, le nouveau film de Christopher "Batman savior" Nolan (avec du spoiler, parce qu'au bout de 2 semaines quand même...).

Le personnage principal, Dom Cobb a, à première vue, le boulot le plus cool du monde (après dessinateur de comics et Maître du monde, sans doute). Expert en extraction, il s'introduit dans les songes d'une personne afin d'extraire une idée, une information, enfouie dans le subconscient de ladite personne. Talent très courtisé dans le milieu de l'espionnage industriel, il travaille pour de grandes multinationales. Mais cet art l'a aussi globalement foutu dans la merde.
De sa vie de famille, il ne lui reste que des souvenirs douloureux, et des regrets. Traqué par ses anciens employeurs dans le monde entier, dans l'impossibilité de retourner aux États-Unis, le ptit Domy va se voir offrir une dernière chance de retrouver son ancienne vie. Sa mission est cette fois différente. Au lieu de subtiliser une idée d'un rêve, il va devoir l'implanter. Une inception quoi.


Faute d'homme habillé en chauve-souris, je ne peux clamer que c'est le meilleur film que j'ai jamais vu. Mais il rentre facile dans mon classement que je n'ai, pour l'instant, jamais eu le courage d'établir, sous peine de dépasser les frontières de l'autisme. Une vraie claque dans la gueule qui n'arrive que trop rarement au cinéma.

Ce film est magnifique. En plus de partir d'un concept génial, ce que beaucoup de films font, Inception arrive à l'exploiter pleinement sans basculer dans le n'importe quoi, ce que peu de films arrivent à faire. Nolan maitrise parfaitement son sujet, parvenant à nous captiver durant deux heures et demi, avec un scénario assez complexe aux enjeux et aux pistes multiples, sans jamais nous perdre, pour peu qu'on suive un minimum.
De plus, en cette période estivale où tout n'est qu'adaptation, suite, ou remake, un scénario original arrive un peu comme le nouveau messie. D'autant que pour la première fois, Christopher Nolan réalise un scénario qu'il a entièrement imaginé et écrit seul (ce qui explique peut-être la cohérence, le fait d'avoir une vision unique).

Dans les grandes lignes, l'histoire suit le schéma classique du film de braquage: Recrutement d'une équipe avec une novice pour assurer les parties explicatives, mise en place d'un plan d'action, et enfin, braquage avec son lot d'imprévus.
Parce qu'au final, Nolan a juste fait un film de casse, mais avec un nouveau (et putain d'ingénieux) concept, un nouveau contour qui lui permet de multiplier les trouvailles scénaristiques. Et d'y créer un ensemble de techniques et de codes (en vrac: le totem, la décharge, l'architecte, les lymbes...) qui donnent toute sa singularité au film.

Ici, le contexte du rêve n'est pas exploité de manière vraiment visuelle. Malgré quelques scènes impressionnantes qu'on prend en pleine gueule, l'émerveillement est à chercher ailleurs. On n'est pas à Wonderland, les rêves sont structurés, crédibles, situés dans des lieux "réels", afin de mieux confondre les personnages, mais aussi le spectateur, entre le rêve et la réalité. Comment savoir qu'on est dans un rêve quand on y trouve les repères du monde réel? Il est alors plus facile de s'y perdre si on croit être dans la réalité. On se laisse manipuler avec plaisir, et c'est là tout l'intérêt du film.
Autre idée géniale, le principe des niveaux de rêve. Le rêve dans le rêve, en incluant la notion du temps. L'idée est simple, mais très bien utilisé pour varier les scènes d'action, multiplier les enjeux et surtout entretenir plusieurs suspenses à la fois.
La manipulation de l'esprit, le mensonge, l'illusion, la nature de la réalité... sont un peu les obsessions de Nolan, puisqu'il en parle dans tous ses films. Son autre sujet de prédilection étant la perte de l'être aimé. Ici, Mal, la femme de Cobb. Au début, j'me suis dit que c'était une intrigue romantique secondaire, que ça allait plomber le film, le ralentir. Mais la relation entre Dom et sa femme perdue prend de plus en plus d'importance, et leur histoire dévoilée en parcimonie se révèle vraiment passionnante jusqu'à la fin.

Côté réalisation, Nolan confirme son évolution visible entre les deux Batman. Nolan apprend, s'améliore, retient ses erreurs, l'anti-Michael Bay. Il arrive à maintenir un vrai rythme durant tout le film, sans réel temps mort, et le tout sans faire d'esbroufe. Dès le début du film, au lieu de nous expliquer le principe, la théorie, Nolan nous plonge directement dans la pratique, dans l'extraction. On est direct en alerte, suit les premières scènes avec attention, en se disant que si on a pas compris le début, c'est mort. Une bonne façon d'allumer assez vite notre cerveau.
Dans Batman Begins, filmer les scènes d'action étaient la principale faiblesse de Nolan. Du cut et recut qui donnaient des scènes illisibles. Avec The Dark Knight, il s'est considérablement amélioré, avec des plans plus clairs et plus fluides. Dans Inception, la scène de Arthur en apesanteur dans l'hôtel est juste merveilleuse. La fusillade dans les montagnes, à défaut d'être vraiment innovante, reste correcte. L'intérêt du film n'est pas dans les scènes d'action, évidemment, mais bon, c'est toujours mieux de bien les filmer.


Le casting est très bon. DiCaprio ne force pas son talent, le film ne s'y prête pas vraiment. Les seconds rôles sont excellents, des vraies gueules, Joseph Gordon-Levitt qui explose enfin au cinéma, et quelques habitués de chez Nolan (Caine, Watanabe et Murphy, tous vus dans Batman) mais pas de Christian Bale. Un bémol à Cotillard qui mériterait bien un "Gérard de l'acteur que c'est pas qu'on l'aime pas, mais on en a un peu marre de voir sa gueule partout". Et une pensée pour Ellen Page, dont la croissance s'est arrêtée à 13 ans. Dur.

Et puis vient la fin. Une fin ouverte. La toupie. Cette putain de toupie. Depuis presque un mois, la planète est divisée en trois catégories de personnes. Ceux qui disent qu'elle continue de tourner, que Dom est dans un rêve. Ceux qui disent qu'elle finie par tomber, que Dom est dans la réalité. Et les gens normaux, qui s'en foutent. En proposant plus qu'un fin ouverte, Nolan manipule le spectateur avec un film entièrement ouvert à toutes les interprétations possibles. Le film fourmille de détails (qu'évidemment j'ai pas vu) amenant au final plus d'interrogations que de réponses. Mais bon, si on fait bien gaffe. Vraiment gaffe. Il existe quand même une vraie fin.

Des fois, je me contenterais bien de juste dire qu'un film est "Vraiment énorme". Mais ce serait la fin de mon blog.